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Intervention de Philippe de Villiers devant le Président Sarkozy au Parlement européen

En une minute, Monsieur le Président, je voudrais dire que, vous avez été amené, vous même, pendant cette crise financière, à bousculer des dogmes des institutions de Bruxelles, Francfort, la concurrence, les critères de Maastricht, le libre-échangisme mondial, l'interdiction pour les Etats d'aider les entreprises et en particulier les banques, etc.

Vous avez évoqué à l'instant l'affaire des fonds souverains qui est extrêmement importante pour l'avenir pour sauver nos entreprises, lorsqu'elles seront à vil prix puisqu'elles le sont déjà.

Or aujourd'hui, Monsieur le Président, le Traité de Lisbonne que les dirigeants européens et vous même en particulier cherchez à maintenir en vie artificielle, ce traité de Lisbonne vous aurait empêché de faire ce que vous venez de faire. Il interdit toutes les restrictions aux mouvements de capitaux, il interdit toutes les interventions et toutes les influences politiques sur la Banque centrale (européenne) et surtout les aides d'Etats pour toutes les entreprises.  

La question est simple, quel choix, Monsieur le Président, allez vous faire, avoir les mains liées ou les avoir libres ? Pour avoir les mains libres, il ne faut plus le Traité de Lisbonne mais un Traité qui tienne compte des leçons que tous ensemble nous venons de vivre.

 

Réponse de Nicolas Sarkozy à Philippe de Villiers

          […] il faut peut-être s'affranchir de dogmes qui ont fait beaucoup de mal à l'idée de l'Europe, dogmes qui sont d'autant plus illégitimes que bien souvent ils ne sont pas le produit de décisions d'organismes démocratiques et donc légitimes. Et en Europe, l'idéal européen qui est le mien est suffisamment fort pour que la démocratie européenne soit une vraie démocratie. La pensée unique, les dogmes, les habitudes, les conservatismes ont fait beaucoup de mal. [...]

          Monsieur de Villiers, oui j'ai bousculé des dogmes parce que je crois au pragmatisme […]. Je suis bien placé pour savoir que le traité de Lisbonne n'est pas une merveille et une perfection. Et d'ailleurs, Monsieur de Villiers, sauf en Vendée, la perfection n'est pas de ce monde. […]

          Sur les mains libres, cher Philippe de Villiers, ma réponse vaut pour vous ! C'est la réponse d'un homme libre y compris dans les débats politiques français. Je crois que ce qu'il y a de plus important pour nous, c'est d'arrêter de parler la langue de bois. Je pense que les bons compromis sont faits par des gens sincères qui vont au bout de leurs idées et que le défaut du débat politique européen c'est la passivité qui nous a tous frappé, toutes familles politiques confondues, comme tétanisés à l'idée de porter quelque chose de nouveau.

           Si l'Europe a avancé, c'est qu'à un moment donné, des femmes et des hommes ont défriché de nouveaux territoires. Et l'autocritique à laquelle on m'appelle, nous tous devrions la faire. Depuis longtemps, en Europe, on s'est comporté comme des immobiles. On a suivi les fondateurs mais on n'a pas fait comme eux, on n'a pas défriché de nouvelles routes, on n'a pas porté de nouvelles idées. Je crois profondément qu'au point où nous en sommes, il va falloir faire preuve d'imagination et que, au fond, le pire risque est celui de ne pas en prendre, aujourd'hui, et de ne pas faire preuve d'audace face à une situation tout-à-fait nouvelle.

 

le 21 octobre 2008



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